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Le blog de Pierre du Thil

Histoire et patrimoine à travers des lieux et des personnages de la Gascogne gersoise.

BARRAN : TOUTE UNE HISTOIRE ! ... ( suite )

Publié le 22 Novembre 2011 par Pierre du Tilh

      Barran-03-2010-007-copie-1.JPG

BARRAN : Toute une histoire ! ...suite.

( de 1577 jusqu'au XXème siècle )

 

Cette suite pourrait aussi s'intituler Histoire...et histoires d'une bastide gasconne depuis Henri IV jusqu'au milieu du XXème siècle . Cette réédition est complétée par des extraits de documents inédits ainsi que par des images nouvelles . N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires ! Bonne immersion à travers le passé ( pas toujours simple ) de Barran ! 

 

 

Lou noste Henric ( co-seigneur de Barran ! )

 

Henri-IV.jpg

Les guerres de religion se prolongent, Jeanne d'Albret est morte . Henri de Navarre est devenu le chef des réformés. Il se montre courtois et généreux. En même temps que roi de Navarre, il est vicomte de Béarn, Comte de Foix, d'Armagnac, de Fezensac et à ce dernier titre il partage avec l'archevêque d'Auch la seigneurie de Barran. Henri IV a parcouru des lieues et des lieues à cheval et, en de multiples endroits de France et de Navarre il est fait mention de son passage sans que le fait ne soit avéré par des éléments historiques probants.

 

A Barran, il y vient à plusieurs reprises. Des documents l'attestent, pour cela il convient de se reporter aux Lettres Missives Tome 2 qui décrivent jour après jour l'emploi du temps détaillé, du Roi de Navarre alors âgé de 24 ans. C'est ainsi que l'on peut relever les mentions suivantes :

 

-«  le 23 avril 1577 : Déjeune à Fleurance ; soupe et couche à Barran,

-le 24 avril : Dîne à Barran : tout le jour devant Mirande ; soupe et couche à Barran,

- le 25 avril 1577 :Dîne à Barran ; soupe et couche à Jégun. » .

 

Ce passage du Roi de Navarre à Barran est ainsi relaté par un chroniqueur contemporain : «  Il était d' habitude affable et souriant. Une fois cependant sa mine dut paraître, aux Barranais, plus soucieuse que de coutume. C'était le soir du 23 avril 1577, venant de son quartier général d'Agen, à la tête d'une nombreuse escorte de cavaliers , après une étape à Fleurance et un crochet pour éviter Auch qui lui ferme ses portes, Henri de Navarre s'arrête à Barran pour y souper y passer la nuit et repartir à l'aube. Les Barranais ont entendu trois jours plus tôt le bruit sourd du canon venant du sud. Mirande la catholique tente de se débarrasser du joug des protestants dont une garnison occupe la ville. Le seigneur de Monclar et Jean d'Antras de Marciac viennent avec leur troupe prêter main forte aux Mirandais. Après une rude bataille deux tours sont enlevées, la troisième est vaillamment défendue par le capitaine de la garnison protestante Mr de Saint Cricq, au secours duquel devait se porter Henri de Navarre. Mais dans le combat Mr de Saint Cricq est tué et lorsque Henri de Navarre arriva, c'était trop tard. Mirande était entièrement aux mains des catholiques . Il en fut bien étonné et fort marri et, il reprit pour se retirer le même chemin vers Barran. Les catholiques le laissèrent passer sans tirer un seul coup de feu, et sans dire mot pour le respect que l'on portait à sa Majesté.... »

 

Henri de Navarre revint au château de Mazères à différentes reprises en janvier 1580.Barran107.JPG

 

Cette même année c'est à Barran que Jean de Montlezun, seigneur de Baratnau et Sénéchal d'Armagnac, assemble sa compagnie « lieu fort propre et pour la commodité des chevaux ». Au bout de quelques jours la Compagnie est prête et quitte Barran pour la guerre et les aventures...Le séjour de la Compagnie avait été une lourde charge pour la ville de Barran et elle demanda à celle d' Auch de l'aider à la supporter....

 

En 1610 l' Archevêque et le Roi se partagent la juridiction de Barran : haute, moyenne et basse. Ils l'exerçaient une année sur deux par l'un ou l'autre de leurs juges respectifs: Maître Jean Dubarry pour le Roi et Maître Jean Dupuy pour l'archevêque...

Du 28 novembre au 16 décembre 1648 six compagnies et l'état-major du régiment de Guyenne séjournèrent à Auch, la contribution de Barran fut de 841 livres, la somme était élevée et Barran dut emprunter 300 livres à Maître Guillaume Jesse, prêtre habitant d'Auch

 

 

Les pénitents bleus ...

 

Dans une de ses savantes publications intitulée «  la Société de Barran au XVIII ème siècle vue à travers sa confrérie des Pénitents Bleus » Gabriel Laplagne-Barris, explique la création de la confrérie, son fonctionnement et relate aussi des épisodes de la vie de ces pénitents. Sans développer le sujet, il convient de préciser que ces confréries étaient avant tout des associations de laïcs ( hommes et femmes ) ne dépendant d'aucun ordre religieux mais, qui étaient cependant assujetties à l'ordinaire du lieu ( de l'évêque ou de son vicaire général ).Quelques mois après la reconnaissance des statuts de la confrérie par l'autorité religieuse (1702), survint une oppsition inattendue, celle de M Labarrère, sacristain qui ne s'élevait pas contre l'établissement de la confrérie, mais qui aurait préféré une autre couleur que la bleue, sans préciser d'ailleurs laquelle ! L'historien décrit ainsi la confrérie : Leurs membres ne prononcent pas de vœux , mais en certaines occasions, prennent l'habit en forme religieuses. Celui-ci est une sorte de tunique de drap grossier «  du boucoiran » , elle recouvre tout le corps jusque' aux pieds, la tête du confrère étant dissimulée sous une cagoule terminée par deux pointes, une au-dessus du crâne, l'autre sous le menton. Le sac toujours terne, en signe d'humilité est ici bleu. Le cordon, ou corde, serre la tunique à la taille, un chapelet y étant souvent suspendu. Seul le port du cordon est exigé pour les femmes. Un bâton ( ou bourdon ) complète le costume. En 1745, le prix du sac peut varier de 3 à 6 livres, sans que rien n'explique cette différence, le cordon quant à lui, ne vaut que 10 sols.Barran-et-chateau-de-Nux-09-2010-008.JPG

 

La cohabitation entre confrères et consœurs n'était pas toujours facile. C'est ainsi que le vicaire général Daignan eut à régler une affaire délicate . Les membres masculins de la confrérie faisant valoir, que pour louer et servir Dieu avec plus de ferveur et moins de distraction,ils devaient se séparer des personnes de l'autre sexe car des vêtements parfois provocants pouvaient distraire leur esprit .Ces dames décidèrent qu'elles porteraient dorénavant un «  parlement » sorte de pèlerine à capuchon et que seraient bannis ..les robes à paniers et surtout le cul-de-Paris ( sorte de coussin s'ajustant par derrière sous la robe pour accentuer les formes )

 

C'est ainsi qu'une demoiselle dotée d'un fessier proéminent dut se soumettre à un examen de ses consœurs afin de prouver qu'elle ne portait point de postiche !

 

L'auteur indique qu' à Biran, notre Dame de la Pitié attirait les foules depuis ce jour du XV Barran-03-2010-002.JPGème siècle ou la Vierge apparut dans un ormeau inondé d'une miraculeuse lumière. Il cite ensuite le chanoine Monlézun : «  une épouvantable épidémie ( de peste ) ravageait Barran . La compagnie des Pénitents Bleus fit le vœu de se rendre en pèlerinage une fois l'an à Biran à condition que la contrée soit délivrée du mal. A peine ce vœu formulé, le fléau cessa soudain comme par miracle. ».... C'est ainsi que jusqu'à la fin du 20 ème siècle, tous les ans, le lundi de Pentecôte les Barranais continuaient à se rendre à pied, en pèlerinage à Biran.

 

 

 

TEXTES EXTRAITS DES DOCUMENTS CONSTITUANT LE DOSSIER ARCHEOLOGIQUE DE BARRAN AUX ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU GERS :

 

 

 

Le « certificat de vente » ci-dessous nous permet de situer la chapelle des Pénitents Bleus

 

L'église ou chapelle des ci-devants Pénitents.

 

La-dite chapelle a 15 mètres 4 pouces 8 lignes de longueur et 8 mètres 1 pied 3 pouces 6 lignes de largeur. Le toit est en très mauvais état ainsi que le plancher vu qu'il y a très longtemps que personne ne s'en ai servi et que l'édifice a été en proye au mauvais temps.

 

Vendue le 2 frimaire an IX au Citoyen Théodore Lapeyre médecin à Barran moyennant 8100 fr.

 

 

 

Les Barranais sont joyeux, affables et fiers ... Barran-03-2010-006-copie-1.JPG

 

 

 

Entre 1740 et 1750, Daignan du Sendat établit avec, l'aide de correspondants locaux, souvent anonymes, le répertoire des communes de l'archevêché d'Auch. Les travaux de ces recherches ont fait l'objet d'une communication par M J,J Dutaut-Boué lors de la séance de la SAG du 02/06/2010 . S'agissant de Barran, l'historien relève plusieurs extraits d'un texte fort intéressant:

 

« Cette ville est recommandable par une fontaine des plus abondantes et par la bonté et beauté de ses prunes. »

 

« Ses deux portes dont l'une est à l'orient et l'autre au couchant sont placées en ligne droite, se regardent en perspective et de l'une l'on voit l'autre en entier. Une grande rue partage la ville en long et une halle vaste la divise par le large. Ses murailles sont en pied et en assez bon état. Un fossé d'environ cinq toises de largeur en fait le circuit. Les eaux de la pluie et des torrents qui descendent des hauteurs voisines en formaient autrefois un réservoir ou il y avait quantité de poissons mais les ravines l'ont entièrement comblé. Le commerce a fleuri longtemps à Barran. Aujourd'hui, il n'y a que trois foires. Il est surprenant que le négoce s'y soit perdu, la proximité des villes d'Auch, Jégun, l'Isle, Mirande, contribuait beaucoup à l'entretenir. On voit encore grands puits, un à chaque extrémité, qui servaient à deux fins: et pour éteindre les incendies et pour abreuver les animaux que les marchands y amenaient.»

 

« On peut se promener le long du fossé de Barran et en faire le tour. La promenade en est peu agréable la vue étant barrée par le mur d'un côté et les collines de l'autre. A cent pas de la porte qui regarde l'orient, il y a une belle et magnifique fontaine, un bassin carré creusé dans la terre, bâti de pierre de taille, long d'une toise, large de demi, profond d'une toise et demi ou environ. Les eaux y sont abondantes qu'elles s'élèvent jusqu'au haut du bassin et regorgent dans un creux en forme de lac qui sert d'abreuvoir. On a élevé sur le bord du bassin un espèce d'accoudoir pour puiser plus aisément et sans danger. »

 

« Les eaux de la fontaine de Barran sont très légères, un peu minérales, approchantes de la douceur du sucre et néanmoins si agréables au goût qu'on en trouve peu qui soient si bonnes. Elles servent à purifier le sang, ceux qui sont atteints de la goutte, rhumatismes s'en trouvent bien après un usage d'un certain temps. »

 

« Quel trésor pour ce pays si les eaux guérissaient radicalement de ces maladies. Il est hors de doute que dans peu d'années, leurs prix excéderait celui du vin de

 

Bourgogne et de Champagne. Personne ne doute que la divinité ne nous ait donné ce précieux remède, mais l'homme ne l'a pu découvrir encore. La nature nous le cache sans doute par une secrète disposition de la providence. »

 

« Le terroir de Barran est maigre, peu fertile, portant d'excellentes prunes en petite quantité. Ses citoyens sont joyeux, affables et fiers si quelqu'un leur résiste. Malgré leur disetteuse pauvreté, une assiette d'avescats, qui est une bouillie faite d'avoine cuite au four et dépouillée, les rend aussi contents que la meilleure pièce de gibier ou de poisson. Il y a dix maisons de noblesse. Ils sont très unis. Si quelque raison d'intérêt en divise quelques uns, les autres les raccommodent aussitôt.»

 

« Ils (les barranais) sont rongés par la vermine des recors*,on en a vu jusqu'à sept à la fois pour faire payer les tailles. Il n'y a pourtant qu'une seule paroisse. Ainsi le peuple a le mal au cœur de se voir sucer jusqu'à la dernière goutte de sang par de cruelles sangsues qui ne délaissent point la peau jusqu'à rupture de leur ventre. Il est gouverné par quatre consuls qui sont maîtres de la police et par deux juges dont l'un exerce la justice au nom du roi et l'autre pour l'archevêque d'Auch. "

 

* recors ( ou records) : témoins qui sont requis par un huissier ou un sergent, pour assister à son exploit, et le certifier et en faire foi.

 

 

Le 4 septembre 1778 nait à Barran Marc Antoine Blanquefort, futur général, dont la riche biographie serait ici trop longue à développer .

 

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 ( La porte fortifiée, vue depuis le chemin de la Concorde vers 1920 et aujourd'hui )   

 

 

 

1851 : de l'insurrection ...à la répression

 

 

 

Pour évoquer cette page obscure de l'histoire de France et notre histoire locale il me paraît nécessaire de rappeler brièvement le contexte de l'époque.

 

Louis Napoléon Bonaparte est Président de la République Française depuis 3 ans, lorsque le 2 décembre 1851, il décide de conserver le pouvoir alors que la constitution de la deuxième république lui interdit de se représenter.

 

Le coup d'état du 2 décembre 1851 donna lieu à un important soulèvement populaire dans nos campagnes gersoises. C'est ainsi qu'un notaire de l'Isle de Noé, M° Lagrave partit de son village à la tête de cent hommes ralliant en route une foule de paysans, pour se diriger sur Auch en passant par Barran. La plupart des paysans, croyant trouver Auch entre les mains du peuple, pensaient n'aller qu'à une sorte de promenade militaire. Ils étaient armés de fusils de chasse, de fourches, de faux. Les munitions étaient rares...Il ne fallait pas que ces jacques fussent animés de passion bien mauvaises, car dans cette longue marche, on n'a pas relevé la moindre tentative de violence ni contre les personnes ni contre les propriétés. Les quelques vivre pris en route furent scrupuleusement payés.

 

Quand la colonne de Barran commandée par Lagrave, rencontra celle de Vic que conduisait Cassaet les deux chefs s'embrassèrent en tête de leurs bandes qui saluèrent cette accolade par un grand cri de « Vive la République ! » Cassaet pris la tête avec les gens de Vic mieux armés que ceux de Barran ...La confrontation entre les insurgés et les militaires fut par la suite sanglantes et les pertes furent importantes surtout parmi ces derniers.

 

 

 

Cet engouement républicain n'était cependant pas partagé par tous les barranais puisque le 11 janvier 1852 les membres du conseil municipal adressent une motion de soutien au prince Louis Napoléon dans laquelle on peut lire : « les membres du Conseil Municipal s'empressent de vous adresser leurs félicitations pour l'acte politique du 2 Décembre et l'éclatante sanction que vient de lui donner la France. Les faits qui se sont passés dans notre commune nous démontrent d'une manière bien évidente que votre généreuse initiative a sauvé la religion, la propriété et la famille, menacées par de nouveaux barbares...Continuez Prince, la politique de réparations que vous avez inaugurée, vous serez appuyé par des sympathies de tout ce qu'il y a d'honnête en France... »

 

Après l'insurrection républicaine, la répression sera terrible. Des commissions mixtes sortes de tribunaux d'exception sont mis en place dans les départements. Dans le Gers 461 condamnations fortes sont prononcées et 50 communes sont impliquées dont celle de Barran. Pour les cas les plus graves (accusation de crime) les accusés sont condamnés au bagne, à Cayenne. Les autres

 

«  fauteurs de troubles » ou prétendus tels sont condamnés à la transportation en Algérie.

 

Parmi les barranais condamnés on relève les noms de : Eugène Daure , instituteur privé, déporté en Algérie et particulièrement surveillé car il lisait des journaux républicains ( rouges) en public! Isidore et Bartélemi Escoubès, père et fils morts tous deux en Algérie, Sylvère Labat Notaire, Bernard Louit, Roch et François Pérés, Philippe Julian charpentier....

 

 

 

Le 9 octobre suivant, le même conseil municipal de Barran a décidé qu'une correspondance sera adressée au Président de la République pour le rétablissement de l'Empire ainsi rédigée « Continuez Prince d'avancer dans la voie que vous avez tracée, détruisez un régime qui ne saurait être en harmonie avec nos mœurs, fermez l'ère des révolutions, rétablissez l'Empire et la France entière saluera avec enthousiasme l'avènement de Napoléon III ... »

 

 

 

Le 5 décembre 1852 le maire procède, conformément à la circulaire du Préfet, à la proclamation du rétablissement de l'Empire.

 

 

 

Durant le 19ème siècle Barran jouit d'une certaine prospérité.

 

L'économie repose essentiellement sur l'agriculture mais il y a également de nombreux artisans ( charrons, charpentiers, tisserands, maréchal-ferrant, tuilerie ...) et le commerce y est prospère ( marché deux fois par mois le 1er et 3ème jeudi sous la halle , plusieurs foires en hiver dont la foire aux bestiaux le 8 janvier dite « foire des rois .») . En 1900 , Barran comptait environ 1800 habitants .

 

Au cours du 20ème siècle Barran subit de plein fouet l'exode rural. Mais la baisse de la population qui s'est encore accentuée après la seconde guerre mondiale semble de nos jours enrayée grâce à l'installation, dans la commune, de nouveaux habitants qui bénéficient de la proximité avec Auch.

 

 

 

 

La maison du chanoineBarran-03-2010-009.JPG

 

 

 

Il s'agit là d'une des plus ancienne maison de Barran et qui aurait vraisemblablement appartenu à un chanoine barranais. Construite en très bel appareil moyen ( peut-être une récupération des matériaux des remparts, la date de construction étant postérieure au pillage de la bastide par les troupes de Montgoméry ) cette maison possède notamment une porte d'une architecture assez dépouillée, mais bien dans le style Renaissance, avec fronton encadré de corniches et pilastres de part et d'autre de l'entrée. Sur le fronton sont gravées une date, 1592 ( dans la plaquette de l'association Sauvegarde de Barran il est indiqué 1502 ) et une inscription « ESPS MEA EST IN JHU ET MA» ( mon espoir est en Jésus et Marie ).Le docteur Emile Trouette, dans une publication de la Sté Archéo du Gers de 1939 prétend que l'inscription doit se lire ainsi :« SPES MEA EST IN JHESU ET MARIA»et non pas tel que cela a été gravé dans la pierre. . A qui incombe l'erreur: au graveur ? au chanoine ? ......ou au Docteur ? Amis latinistes à vous de trancher !

 

 

 

Le lavoir et la Fontaine Saint SauveurBarran-03-2010-002-copie-1.JPG

 

 

 

Aujourd'hui les lavoirs font partie intégrante de notre patrimoine. Autrefois et jusqu'à l'avènement de la machine à laver ils étaient certes un lieu de vie très fréquenté mais aussi le lieu d'un travail pénible et répétitif pour nos mères et grand-mères. Celui qui subsiste à Barran est à bassin rectangulaire et traversé par une eau courante issue de la fontaine St Sauveur toute proche. La toiture à 2 pentes est en tuiles plates la charpente repose à l'arrière sur un mur et à l'avant sur 3 poteaux de bois.

 

 

 

La fontaine St Sauveur passait pour soigner les rhumatismes et la goutte. Elle est située près de l'endroit ou était implantée la chapelle de la Transfiguration appelée vulgairement la chapelle de Saint Sauveur de Barran. Construite vraisemblablement au XIV ème siècle elle fût entièrement détruite ( ainsi que plusieurs autres ) en 1793. Il ne subsiste aucun document précisant la forme et le caractère architectural de la chapelle on y accédait par un escalier de 4 à 5 marches l'autel était à l'Est. Au dessus de l'autel était représenté en relief, la scène de la Transfiguration. Tous les ans,le 6 août, le jour de la fête de la transfiguration, les jeunes mères amenaient pour leur consécration leurs enfants.

 

En 1877 l'abbé SABION écrivait dans la Revue de Gascogne «  Aussi nous est-il facile de nous expliquer l'ancien usage ou l'on était de venir, même de fort loin, présenter les petits enfants à la dévote chapelle, surtout au jour de la fête de la Transfiguration le 6 août, et pour les jeunes mères d'y venir implorer les secours et les grâces que leur position réclamait... La foule stationnait nombreuse tout au long du jour, aux abords de la chapelle. Sur de verdoyants tapis de gazon auprès d'une fontaine jaillissante, symbole de la grâce que l'on venait solliciter en ces lieux, elle prenait son modeste et frugal repas. Les marchands de gâteaux de la ville d'Auch ne manquaient pas de se rendre aussi, surs d'avance de bien exploiter leur modeste industrie, au milieu d'une multitude de petits enfants....Les pierres dispersées par les mains sacrilèges de ces singuliers réformateurs ( révolutionnaires ) n'ont pas emporté avec elles le souvenir de la dévotion à St Sauveur. » En effet ce pèlerinage se perpétua durant de nombreuses années...

 

 

 

Il convient de noter que Barran possédait bien d'autres chapelles : sur la rive gauche du petit Rhône en amont, ily avait la chapelle St Jacques de Compostelle, au midi de la ville à 200m environ s'élevait la chapelle St Roch, plus loin , dans la même direction sur le flan de la colline qui domine la vallée et dans l'axe de la rue principale l' on distinguait la chapelle de Ste Anne. «  Toutes ces chapelles furent détruites. C'était en 1793 pendant que le sang le plus pur de la France coulait à flots sur nos places publiques, les plus riches souvenirs de nos pères disparaissaient sous les coups du marteau des vandales de la révolution. » dixit Abbé SABION. 

 

 

 

Lous limacs de Barran

 

 

De tout temps Barran a été connu et réputé pour ses escargots

 

Il est reporté qu'au XV ème siècle les moines Barranais mettaient au point une préparation à base de miel et d'escargots, vraisemblablement séchés et par la suite broyés. La préparation dénommée

 

« électuaire divin » était censée soigner les poitrinaires et autres malades des bronches.

 

La légende prétend qu' Henri IV aurait envoyé quérir des limaçons de Barran pour soigner ses rhumes et les maladies de poitrine des personnes de sa cour.(voir publicité du Pharmacien Dabezies )Auch-mai-2010-001.JPG

 

Vers la fin du 19ème siècle le Pharmacien Vidal met au point une formule de pastilles aux limaçons dont les bienfaits dépassèrent les limites de la commune et du département .

 

 

 

Dans une de ces publicités le « pharmacien-chimiste » Vidal n'hésitait pas à écrire au sujet de ses pastilles: «  Le succès considérable qu'elles ont obtenu m'ont valu des félicitations du corps médical qui a reconnu leur efficacité et leur supériorité incontestable sur tout ce qui a été découvert jusqu'à ce jour contre les Rhumes,Bronchites,Catarrhes,Influenza,etc..

 

Pour leur composition, je me suis inspiré des théories microbiennes de Pasteur, le savant chimiste. »

 

Cette reconnaissance du monde scientifique est concrétisée par une lettre du 30 juin 1906, Pastilles-Vidal-2.JPGémanant de la « Société d'Hygiène de France  » et adressée au Pharmacien Vidal. Dans cette correspondance il est proposé au Pharmacien d'utiliser ,s'il le souhaite, le label : « Approuvé par la Société d'Hygiène de France. »

 

Plus tard ce fut son successeur B Dabezies qui poursuivit la fabrication et la commercialisation de ses fameuses pastilles.

 

 

 

 

 

En gascougno qué disen :

 

« Quand plaou à Barran aprés un boun périgle,

 

Coumo un régiment qué partis à la guerre,

 

Dé la plano mouton dus pétés débarran

 

Lous limacs per troupets arribon à Barran.»

 

 

 

 Barran102.JPG

 

Le clocher hélicoïdal

 

 

 

La première chose que l'on aperçoit lorsqu'on s'approche de Barran c'est bien cette hauteBarran-03-2010-007.JPG et altière flèche ardoisée qui domine toute la bastide et semble s'élever vers les nuages pour mieux les transpercer !

 

D'aucuns s'interrogent encore sur le pourquoi et le comment d'une telle forme. D'abord lorsqu'on pénètre à l'intérieur de cette colossale charpente on constate que ce n'est assurément pas le hasard ou la violence des vents qui ont façonné la charpente ! On ne peut sérieusement pas douter que cette forme torsadée a été minutieusement étudiée, élaborée et enfin réalisée par d'habiles et talentueux compagnons charpentiers.

 

Pourquoi un clocher tors ? . C'est vraisemblablement en hommage au fameux limac de Barranqu'il fut ,sans doute,demandé aux premiers compagnons charpentiers d'ériger la flèche du clocher en forme hélicoïdale rappelant ainsi celle du très cher gastéropode !

 

La flèche de base carrée repose sur une tour elle-même carrée (du XIIIème siècle ) . La partie basse de la flèche est torsadée ( de la gauche vers la droite ) d'une valeur d'un huitième de tour et s'elève sur un plan octogonal pour approcher les 50 mètres de haut. Les arêtiers de la partie haute sont droits.

 

De nos jours on dénombre 102 clochers tors en Europe dont 58 en France . Le clocher de Barran est celui qui est situé le plus au sud de l'hexagone.

 

Si la datation de la tour fait l'unanimité des historiens, il n'en est pas de même pour celle de la flèche.

 

Dans divers documents consultés , auprès des Archives Départementales du Gers, la question de la datation de la flèche hélicoïdale reste posée : si les responsables des Monuments Historiques évoquent vraisemblablement le XIVème siècle , Mr Henri Polge constatant que le sciage des pièces de bois a été effectué mécaniquement conclut qu'elle ne fut pas élevée avant le XVIIème siècle et peut-être même au XIX ème siècle!

 

Le fait que le correspondant de Daignan du Sendat dans sa présentation de Barran ( vers 1750 ), ignore totalement la description de ce remarquable clocher pourrait corroborer cette dernière thèse.    

                                                             

( ci-dessous la " girouette-coq" qui surmontait le clocher avant la réfection de la flèche par les Compagnons de St Sylvain d'Anjou )

 

  Barran-et-chateau-de-Nux-09-2010-001.JPG

QUAND LE CLOCHER A FAILLI PERDRE SA FLECHE !

 

 

 

Une réfection de la flèche hélicoïdale avait été effectuée au lendemain de la seconde guerre mondiale et semble-t-il en ne respectant pas les règles de l'art. Aussi la charpente au fil du temps, subit d'importants dommages et de nombreuses ardoises ( clouées et non attachées ) furent arrachées par le vent. En 1967 le curé, Mr l'abbé Hippolyte Cougot, dans un courrier adressé à Mr Henri Polge Directeur des Archives Départementales et Vice Président de la Société Archéologique du Gers, fait part de sa grande inquiétude et évoque les dangers potentiels que représente l'état de délabrement de l'édifice.

 

 

 

Dans une lettre datée du 18/10/1967 et adressée à Mr Henri Polge, monsieur Robert Renard , Architecte en chef des Monuments Historiques pose cette angoissante question : Faut-il envisager la démolition de la flèche torse ?

 

 

 

Et il soumet plusieurs solutions possibles : toit à 4 pentes couvert de tuiles plates, toit terrasse ...!

 

Les Monuments Historiques évaluèrent alors le montant du devis de la réfection de la flèche torse à 240980F

 

Plus tard , le 04/05/1971 les Compagnons de St Sylvain d'Anjou présentèrent un, devis d'un montant de 170649F . Finalement ces derniers emportèrent le marché et, grâce à d'importantes subventions la flèche fut sauvée !

 

 

 

 Barran-10-12-2010-013.JPG

 

La Collégiale Saint Jean-Baptiste

 

 

 

Datant du XII ème siècle, l'église fut reconstruite, comme nous l'avons vu au XVI ème siècle, grâce à la générosité du Cardinal de Clermont. Celui-ci signa dès le 23 mars 1520 l'acte de fondation de la Collégiale de Barran comprenant un chapitre de 12 chanoines, dont un dignitaire du chapitre, désigné par le titre de Sacriste et qui exercera les fonctions de curé de Barran. Dès 1523 une bulle du Pape Clément VII vient confirmer la fondation du chapitre de Barran, l'approbation royale fut accordée par lettre de Henri II le 6 septembre 1555. A peine terminée, en 1569, la toute nouvelle Collégiale sera vers la fin de la même année entièrement saccagée et fortement endommagée par une partie des troupes de Montgoméry.

 

L'église subit des modifications importantes au XIX ème siècle en particulier on inversa son orientation. A l'extérieur côté ouest ( cimetière ) on distingue l'ancienne entrée de l'édifice. Actuellement le bâtiment est constitué de 3 vaisseaux et 6 travées et son chevet est tourné vers l'ouest . 2 portails médiévaux sont conservés mais seul le portail oriental du XIVème siècle est en parfait état.

 

L'édifice est remarquable par ses dimensions: longueur 48m, largeur:17,50m, hauteur des voûtes sous clef: 18m ( grande nef ), hauteur des voûtes latérales: 10m.

 

A l'intérieur on trouve un mobilier non négligeable, notamment une partie des stalles du XV ème siècle* qui, en 1926, firent beaucoup parler d'elles parce que, vendues illégalement à un antiquaire et déjà emballées, leur départ fut arrêté au dernier moment par une campagne menée par le duc de Trévise, président de la Sauvegarde de l'Art Français**. Outre les stalles, on trouve un lutrin de bois sculpté du XVème siècle, ainsi qu'une cuve baptismale d'un beau volume et une belle piéta des XVII-XVIIIème siècles, située dans la sacristie.

 

Les vitraux sont des « vitraux tableaux » dont le verre est teinté dans la masse avant cuisson au four. Ce sont des reproductions d'œuvres de Raphaël offerts par les paroissiens

 

 

 

*Actuellement l'essentiel des stalles se retrouvent dans l'église St Michel de Mauvezin.

 

 

 

** cette affaire a fait l'objet d'une jurisprudence du Conseil d'Etat fondée sur l'art 5 de la loi du 2 janvier 1907 selon lequel à défaut d'associations cultuelles, les édifices affectés à l'exercice du culte ainsi que les meubles les garnissant continueront sauf désaffectation à être laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion. ( CE 17 février 1932 voir BJ des collectivités locales n°9/04 )

 

 

 

 

 Barran 03-2010 003

 

 

 

 

Bibliographie:

 

 Chapelle votive de Saint Sauveur de Barran

 Abbé Sabion : Revue de Gascogne XVIII 1877

 

 La nouvelle Lettre n°11

association LAC – Les Bastides 04/2009

 

Histoire de la Lèpre en France 

Lépreux et cagots du Sud Ouest – HM Fay 1910

 

Histoire d'Auch et du Pays d'Auch

 Maurice Bordes – 1980

 

Architecture Militaire des XIII et XIV siècles dans les châteaux et Bastides du Gers René Cairou- 1986

 

Bulletin SAGers 4ième trim 1998 – La bastide de Barran un quart de siècle après sa fondation

 

Benoît Cursente

 

Notes du Comte Ernest de Lary

 

Histoire de Barran – AD Gers

 

Henri IV le roi Gascon

 

Hors série Sud-Ouest 2010

 

Bulletin SA Gers 1960 p 30

 

Notice en l'an XI

 

Bulletin SA Gers 1939 p 230 -Sur une interprétation d'une inscription du début du XI siècle à Barran-Docteur Trouette

 

La société de Barran au XVIII ème siècle vue à travers sa confrérie des pénitents bleus – G Laplagne-Barris AD Gers

 

Notes manuscrites de Daniel Dutil sur l'histoire de Barran et biographie du Général Blanquefort

 

Remerciements à Mme et Mr Patrick Ransan collectionneurs de cartes postales de Barran, ainsi qu'à Mr Louis Daney de Marcillac pour les documents et renseignements fournis

 

Armorial des Communes du Gers- SA Gers

 

Plaquette de l'Association «  Sauvegarde de Barran »-2° trim 1988

 

Communication de Mr JJ Dutaut-Boué à la SA Gers , d'après les manuscrits de D'Aignan du Sendat ( séance du 02/06/2010 )

 

La province en décembre 1851 Etude historique du coup d'Etat par Eugène Téno

 

Merci à Mme Renée Courtiade, historienne spécialiste de la 2ème République et du soulèvement de décembre 1851, pour les informations transmises

 

Photographies et reproductions gravures (domaine public): P,Dutil

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