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Le blog de Pierre du Thil

Histoire et patrimoine à travers des lieux et des personnages de la Gascogne gersoise.

La bastide de BARRAN (Gers)...TOUTE UNE HISTOIRE!

Publié le 8 Novembre 2011 par Pierre du Tilh

La bastide de BARRAN ( Gers): TOUTE UNE HISTOIRE! 

 

Première partie: de la création de la bastide «nouvelle ville étoile» (1279) à sa quasi destruction! (1569)...

 

Avant-propos:Comme promis, voici une réédition de «mon» histoire de Barran. Afin d'en éviter une lecture fastidieuse, j'ai scindé le texte en deux parties. De nouvelles images illustrent cette nouvelle version. La bibliographie sera publiée à la fin de la seconde partie.

Il ne s'agit pas d'une brochure touristique ni de l'histoire romancée du village, mais de la retranscription de diverses recherches historiques portant sur l'histoire et le patrimoine de cette pittoresque bastide Gasconne.

 

A la mémoire de mon père ...

Barran-10-12-2010-002.JPG

 

Présentation

 

Barran fait partie du canton d'Auch Sud Ouest. Le village se situe sur l'ancienne route départementale 943, qui rejoint Pau via Montesquiou, Marciac et Maubourguet. Barran se situe à 15 km d'Auch et à égale distance de Mirande. Nous sommes aussi à 4 km de l'Isle de Noé et à environ 7 km du Brouilh-Monbert en passant par la route D 174 près de laquelle se situe, à 4 km d'ici, le château de Mazères ( ancienne résidence d'été des archevêques d'Auch ). Le village est situé près d'un ruisseau, affluent de la Baise, le « petit Rhône ». C'est ce ruisseau qui alimente en eau les « fossés » dont nous parlerons plus tard.

Barran est un lieu de passage du pèlerinage de St jacqués de Compostelle sur la Via Tolosane. Au moyen Age le chemin venant d'Embats passait à l'est de la Bastide. Les pélerins trouvaient

l'hospitalité à « l'hôpital » de Sallegrand sur le territoire de Barran. Le vendredi saint de l'année 1188 Bernard comte d'Armagnac et son fils Géraud arrivent à Sallegrand situé disent-ils dans une vallée «  profonde et horrible. »

De nos jours les pèlerins passent par le village ou une halte est à leur disposition. 

La superficie de la commune est de 52,8 km2 ( Auch = 73,49 km2 ) l'altitude minimum est de 121 m et la maxi de 283 m ( 182 m pour le village ). La population est de 712 habitants au dernier recensement de 2006 soit en légère progression par rapport à 1999 puisque Barran comptait alors 671 h. Dans les années 1960 la commune comptait 863 habitants. De nos jours Barran possède seulement la moitié de sa population du 18 ème siècle ( 1400 h ) . Au cours du 19ème siècle sa population était de 1836 h en 1846; 1239 h en 1896 puis seulement 1082 h en 1912.

Les habitants de Barran se nomment les Barranais et les Barranaises.

L'origine du nom de BARRAN fait l'objet de plusieurs hypothèses que la toponymie ou l'étymologie n'arrivent pas expliciter d' une façon définitive et indiscutable.

Les noms des bastides sont construits étymologiquement sur 5 racines : 1° ) nom du sénéchal les ayant fondées, 2°) de l'autorité royale, 3°) rappelant des villes extérieures ou étrangères ( Valence, Fleurance ...) 4°) ressemblant aux noms de villes plus anciennes (racines latines) 5°) marquant leur origine ou leurs privilèges.

Il semble vraisemblable que ce soit la quatrième hypothèse à retenir car si la Bastide lors de sa création en 1278 s'appela « BATISTA STELLA DE BARRANO – ville étoile de Barran » ( nous verrons plus loin une interprétation plausible de ville étoile ) la paroisse d'origine portait le nom latin de Barranum . La racine pré-latine Bar(r) est attesté partout en France ( Bar le Duc , Bar sur Aube ) en revanche d'autres noms comme le Pic de Barané à Villelongue 65 s'expliquerait par le gascon barane = barrière. On peut effectivement trouver d'autres similitudes avec l'occitan : barra = clôture, barre ; barrar = fermer ; embarrat ou barraou = lieu enfermé, d'accès difficile. Il faut peut-être trouver dans cette dernière interprétation le nom donné au Pic de Barran – altitude 1615 m près de Hautacam dans les Hautes Pyrénées ou bien au village de Barrancoue toujours dans le 65. Notons enfin que d'autres noms de localités portent ce nom en particulier en Amérique du Sud ainsi que certains noms de familles répartis un peu partout dans le monde.

Il est enfin évoqué par ailleurs l'hypothèse selon laquelle un certain Varus, à l'époque gallo-romaine, aurait donné son nom à son domaine puis au village qui aurait alors pris le nom de Baradus.

 

Deux blasons pour Barran !

Dans l'armorial des communes du Gers il est noté «  les armoiries de Barran portent: barré 109px-Blason_ville_fr_Barran_-Gers-_svg.pngd'hermine et de gueules de 8 pièces. Il est probable que le barré vient du nom de la commune ( armes parlantes). On peut penser que les émaux sont tirés des paréages : le comte d'Armagnac ( gueules ) et l'archevêque d'Auch ( hermines). » Voici le blason tel qu'il est représenté dans le document pré-cité ainsi que sur Internet ( Wikipédia )

 

Or d'après le Conseil Historique et Héraldique de France les armes de Barran portent actuellement bandé d'hermine (4) et de gueule (4): «  La couronne murale surmontant l'écu est légitimée par l'histoire, puisque la ville de Barran fut détruite par bandeaufinalMontgoméry, à l'exception des tours et des remparts; Cette couronne est à la fois un ornement héraldique et un souvenir historique, à ce double titre elle doit être chère aux habitants de Barran. »

(nb:la barre et la bande ont des orientations inverses: Bande = bande oblique descendant de desdre à senestre. Barre = bande oblique descendant de senestre à destre )

Voici donc ( ci-dessus) le blason « officiel »  de Barran tel qu' on peut le voir dans la Mairie de Barran.

 

 

Pour en terminer avec cette brève présentation , je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer une autre, encore plus sommaire et pas forcement plus élogieuse, extraite de l'annuaire du département du Gers pour l'An XI par le Citoyen Chantreau :

« Barran au nord-ouest d'Auch est dans un fonds, sur la petite rivière de Barran qui se jette dans la Baïse à 2 lieues trois quart d'Auch. Chef lieu de canton en l'an 3 et en l'an 8.

Bourg de deuxième ordre. Passait autrefois pour une des villes les plus commerçantes de la contrée, ayant une collégiale et un chapitre fondés par Mr de Clermont Archevêque d'Auch dans le 16 ème siècle . »

( bulletin Sté Archéo du Gers 1960 p 30 )

 

     Barran 03-2010 004

 

 

 

Un peu d'histoire... ( ancienne)

 

Entre le 1er et le 4ème siècle de l'ère chrétienne, une voie romaine importante suivait la rive droite de la Baïse allant de Lamazère au Brouilh via l'Isle de Noé. Entre cette voie et la rivière non loin du Pontic s 'élevait une pile gallo romaine ( tour carrée, massive, avec une niche sur la partie supérieure : borne ? Tombeau ? Temple ? La question est toujours posée. ) Cette pile a disparu au milieu du 19ème siècle. On a également découvert au Pontic d 'autres vestiges de cette époque : reste d'une importante villa avec des fragments de mosaïque. Non loin de là à Mazères il a été mis à jour des monnaies d'argent de l'empereur Aurélien ( 212-275). Sur la partie est de la commune, dans la vallée de l'Auloue et près du château de Nux, un peu avant 1870, fut découverte une petite plaque de marbre blanc portant une inscription traduite ainsi par l'abbé Caneto, vicaire général:  « Catus a érigé ce monument à Octavius fils d'Ahoissus devenu heureux ( c'est à dire mort ) et cela d ' après son testament comme aussi de l'assentiment de son épouse Saleduna fille d'Illaus » et enthousiaste l'auteur, Comte Ernest de Lary, ajoute «  et voilà les noms des plus anciens habitants de Barran qu'il nous soit donné de connaître » . Or voici qu'à quelques centaines de mètres de cet endroit plus précisément au Grangé sur la propriété de Mr Cantaloup, fils d'une des gloires du barreau auscitain, des fouilles pratiquées les 27 et 28 octobre 1881 ont mis à jour une construction funéraire de grande importance sur laquelle était inscrit «  De leur vivant Taurinus fils de Dère agissant pour lui et Orguare fille de Taure sa femme et Sambon fils de Taure ont fait élever ce sépulcre pour eux et leur famille. Que les Dieux se souviennent de nos descendants. Barcère a fait mon tombeau long de 10 pieds. » Alors qui était vraiment le plus ancien habitant connu de Barran : Octavius ou Taurinus ? La question reste posée .....

Après l'époque gallo-romaine, nous arrivons insensiblement, dans le Moyen Age dont les premiers siècles en raison de l'absence de documents écrits et de vestiges archéologiques , sont très mal connus. Cependant la vie a continué durant plusieurs siècle et il est avéré qu'un petit bourg, avec des « fossés vieux » et une église, ait existé bien avant la création de la bastide dont nous reparlerons plus loin.

 

Dès le 11ème siècle s'élevait un monastère à Barran sans que l'on sache à quelle date remontait sa fondation et à quel ordre appartenaient ses moines. Le supérieur de ce monastère portait le titre d'abbé et, le premier connu est Raymond abbé de Barran vers 1060. A cette époque, un riche seigneur Cicie-Sanche donna en accord avec sa femme Azivelle, à l'archevêque d'Auch Guillaume 1er de Montaut, successeur de Saint-Austinde, la sixième partie d'une église et le tiers de « l'honneur » au domaine seigneurial qu'il possédait à Barran. Puis après la mort de l'abbé Raymond, probablement en 1073, le même seigneur Cicie-Sanche et l 'Archevêque Guillaume acquirent ensemble la part qu'un autre seigneur Roger de Chercrob, cousin d'Azivelle, possédait sur l'église et tout le territoire de Barran. Il fut convenu qu'à la mort de l'Archevêque ses biens reviendraient aux enfants de Cicie Sanche ( Géraud d' Arbéchan le futur fondateur de l'Isle figure parmi les témoins de ce second acte ). Il convient de préciser que les parts d'église détenues par des notables représentaient des revenus de l'église : biens, rentes etc..

Plus tard le second fils de Sicie-Sanche devint chanoine à l'église Sainte Marie d'Auch et à cette occasion Sicie-Sanche fit donation au chapitre des chanoines de Sainte Marie du tiers de l'église de Barran ( probablement reconstruite à cette époque ) et de nombreux fiefs et domaines entre Mazères et Biensan.

A la fin du XIème siècle, le duché de Gascogne était composé des comtés de Fezensac, d'Armagnac, et d'Astarc. Le comté de Fezensac comprenait entre autres, Auch, Vic, Monstesquiou, l'Isle, Barran ...etc

A cette époque l' hôpital de Serregrand ( ou Sallegrand ) devient prospère et riche et prêtait de l'argent aux seigneurs de l'Isle et avait des procès avec les chanoines de Sainte Marie puis avec l'archevêque d'Auch. Toutefois nous ne nous étendrons pas plus sur cet important lieu de passage des pèlerins de St Jacques et ce, afin de consacrer un peu plus de notre attention sur la Bastide de Barran.Barran-03-2010-005.JPG

 

Quelques généralités sur les Bastides :

Une bastide ( de l'occitan bastida ) est le nom désignant 300 à 500 villes neuves fondées dans le sud-ouest de la France entre 1222 et 1373, répartis sur 14 départements. Étymologiquement, le mot bastida a un sens très large concernant une construction en cours, récente et d'importance indéfinie. C'est seulement à partir de 1229 environ que le terme prend le sens de ville neuve : bastida sive populatio.

Il apparaît toutefois que les bastides ne sont pas nécessairement des fondations à novo, comme le prétend Alcide Curie-Seimbres. En effet, le terrain choisi pour leur implantation ne se situait généralement pas dans un lieu désert. Barran en est l'exemple comme nous le verrons plus tard. Prenant modèle sur l'essor des castelnaus et des sauvetés les fondateurs développent les bastides pour les raisons suivantes: * politiques,*économiques, *démographiques, *sécuritaires (on mesurera, plus tard, l'efficacité toute limitée de ce dernier point ). Une charte de coutumes est établie afin qu'une population suffisante vienne peupler la bastide nouvellement créée ( cela ne sera pas toujours le cas, et Barran ici aussi en apportera la démonstration ) ; Cette charte comportait des privilèges de 3 sortes : des allégements fiscaux, des mesures judiciaires, des mesures honorifiques. La cérémonie de fondation est appelée « fixatio pal » ( pal = long pieux avec les armoiries du fondateur, planté dans le sol ) Lors de cette cérémonie il est fait lecture, à voix haute de la charte de coutumes.

Si l'on se réfère aux 5 plans types qui caractérisent l'ensemble des bastides, on peut, sans entrer dans les détails, classer Barran bastide à enveloppement à 1 seul axe.

Les fondateurs ne construisaient pas de fortifications autour des villes ils en laissaient le soin de le faire aux habitants ( appelés poblans ou poublans ) par un impôt ou un octroi.

Les poblans ont en général un an pour construire leur maison. Certaines règles d'implantation sont très précises et doivent être respectées ( en particulier l'alignement des façades ). Il est à noter ici le rôle essentiel des arpenteurs, l'unité de mesure le perjon équivalait à environ 2,20 m.

 

Batista Stella de Barrano ( nouvelle ville étoile de Barran )

 

 

 

Une pièce du cartulaire de Serregrand atteste l'existence d'un projet de bastide à la date du 13 mars 1279.

 

D'autres sources font état d'un projet datant de 1278.

 

Quoi qu'il en soit, l'opération fut, par la suite, rondement menée, puisque la bastide de Stella de Barrano se trouve dotée d'une charte de coutumes dès le mois d'avril 1279 par les soins du comte d'Armagnac-Fezensac Géraud V représentant le roi, et de l'archevêque d 'Auch Amanieu II ( qui était le frère de Géraud V ). La bastide se constitua lentement tout près de l'église Notre Dame et d'un petit bourg préexistants. Dès 1291, elle comptait un certain nombre d'habitants dont un notaire, et une léproserie s'installait. Sur des documents actuels diffusés par des offices de tourisme il est écrit «  dès le départ on y installe une léproserie car l'insalubrité des lieux favorisait la propagation des microbes et la naissance d'épidémies. » Après une consultation de différents ouvrages traitant de la lèpre au Moyen Age et en particulier l'Histoire de la lèpre en France : Lépreux et Cagots du Sud Ouest d'HM Fay paru en 1910, il apparaît que la pertinence de cette affirmation puisse être remise en cause. Effectivement les crestias ou cagots sont localisés partout en Gascogne ( ils sont appelés graoues ou cascarrots en Bèarn et Capots en Armagnac ) mais les lépreux ne sont pas les bienvenus dans les bastides. Aussi très peu de celles-ci les accueillent en créant une léproserie ( appelée aussi ladrerie ou maladrerie).Sur les 2000 léproseries du temps de St Louis, on en compte seulement 4 en Béarn, cette même proportion s'observe dans tous le Sud-Ouest. Ainsi Barran apparaît bien plus comme étant ,à l'époque, un des rares lieux d'accueil des lépreux, créé avec le soutien des religieux de l'Hôpital de Serregrand , que comme étant l'épicentre d'une redoutable pandémie.

 

 

 

Dans les textes consultés la seule référence à Barran est ce qui suit «  l'assimilation des chrestiaas aux lépreux est absolue dans un document daté de 1291 ou l'on voit le frère Raymond de Tremblade donnant tous ses droits de l'hôpital de Serregrand sur la « christiana sive léprosia » de la liastide ( bastide ) d' Estelle ( Stella ) de Barran en faveur d'Arnaud Christian d'Auch et de sa femme. Parmi les témoins figure Bernard d'en Dorre « léprosus de Auxio » .

 

Cette pièce tendrait à montrer que jusqu'à Auch les lépreux jouissaient d'une certaine liberté puisqu'ils pouvaient posséder des biens, se marier et témoigner. 

 

 

 

Avant de passer à un examen plus détaillé de la bastide de Barran, il convient d'imaginer les remparts ceinturant le village , les 2 tours- porte dont il ne subsiste que celle-ci , la tour Barran-03-2010-006.JPGde l'actuel clocher ( sans sa flèche il s'agit d'une tour carrée à rez de chaussée aveugle) et enfin sur le haut de la colline à l'ouest, à 230m d'altitude, un château dont les historiens ne font pas mention, mais qui devait vraisemblablement,vu son emplacement stratégique, compléter le dispositif d'observation et de surveillance de la bastide. Actuellement le château privé est en ruine . A l'origine ce château « de la Sallasse » faisait sans nul doute, parti du réseau très dense de châteaux féodaux ( du XI ème au XIII ème siècle ) de notre région. Il s'agissait d'un bâtiment rectangulaire en pierre, de dimensions modestes mais d'une certaine hauteur d'après le vestige de la voûte plein cintre, Il était dépourvu d'ouverture sauf 2 archères de belles dimensions , dont une bien conservée et par laquelle on a une vue imprenable sur la bastide . A l'intérieur, on distingue un évier dans le mur côté ouest. Selon la légende un tunnel partant du château rejoindrait un puits se trouvant près d'une maison sise près de l'église. Plus tard une bâtisse d'habitation a été adossée au château et est aussi actuellement en ruine.

 

 

 

On a rétréci la bastide !

 

 

 

( D'après les documents de Mr René Caïrou et de Mr Benoît Cursente )

 

Il semblerait que les seigneurs paréages aient vu grand, car un cadastre de 1480 mentionne hors de l'enceinte actuelle des « bourgs » et des «fossés vieux ». Évidemment, au moment de sa création, les signataires du paréage ne pouvaient pas présager de ce que serait la bastide. Parfois, le peuplement n'était pas toujours celui escompté et, lorsque le moment était venu d'enclore la ville dans de solides fortifications, on se contentait, par mesure d'économie, de bâtir autour de la partie peuplée, ce qui ne correspondait pas toujours au périmètre initialement prévu. Malgré la hâte recommandée pour édifier la bastide, le peuplement ne se faisait pas toujours sur le rythme souhaité et parfois était même laborieux, puisque certains projets de bastides ont avorté. Pour Barran, il est d'ailleurs précisé que le peuplement «se constitue lentement tout près de l'église Notre Dame». Un examen attentif du plan cadastral, laisse apparaître effectivement un habitat peu dense . Les jardins occupent, une importante superficie. On retrouvera cette faible densité de maison, jusqu'au milieu de 20ème siècle . Autre preuve du rétrécissement de la bastide: en général la place , avec sa halle se situe au centre de la ville nouvelle. Ce n'est pas le cas de Barran. Toutefois, si on se réfère au plan initial on s'aperçoit que la place aurait dû être quasiment « centrale ». Puisqu'on observe les plans on se rend aisément compte que sur la moitié sud nous avons un plan très net de bastide avec des rues se coupant à angles droits, tandis que dans la moitié nord et principalement autour de l'église, existe une structure urbaine différente, avec des îlots de maisons en éventail et des rues concentriques qui constituaient le bourg initial. Les seigneurs paréages n'auraient-ils pas été inspirés par cette partie du plan en éventail ( ou en étoile ) dont l'église était le centre pour ainsi nommer «  Batista Stella de Barrano » « nouvelle ville étoile de Barran » ? Qu'il me soit permis de poser la question. Plan-2-bastide-de-Barran-001.jpg

 

La bastide est de plan orthogonal rectangulaire. Elle est très étendue pour sa population: sa longueur est de 450 m environ et sa largeur de 260 m. Elle est traversée par un axe rectiligne du nord au sud . A l'est de cette rue s'élèvent principalement des habitations, alors qu'à l'ouest, on retrouve ,jusqu'au 20ème siècle une grande densité de jardins. Du côté sud , excentré par rapport au plan de l'agglomération comme nous venons de le voir, nous avons l'ancien centre commerçant: la halle sur piliers de pierre ( entièrement restaurés ) avec sa remarquable charpente, bâtie sur une grande place bordée de couverts sur 3 côtés.

 

D'après un plan de 1882 ( voir plan 2 ) il existait un autre bâtiment moins large que la halle actuelle et symétrique par rapport à la rue. Certainement, comme dans d'autres bastides telles que Gimont ou Bassoues, ces deux constructions n'en faisaient qu'une seule et la rue la traversait.

 

 

 

Barran, village fortifié

 

 

 

La bastide fortifiée conserve encore des vestiges intéressants de ses fortifications: quelques pans de courtines arasés, une tour-porte, un pont et des fossés. Les courtines ( ou murailles ou fortifications les remparts n'apparaissent qu'au XVI ème siècle ) mesuraient 8m de haut et étaient très épaisses: 1,30 à 1,50 m de large . Au cours des siècles les courtines n'ont pas échappées au pillage ( la reconstruction de l'église en 1569 consomma une énorme quantité de pierres et on verra tout à l'heure un autre exemple de réemploi de ces matériaux providentiels ).

 

 

 

On peut apercevoir des vestiges de courtine à droite de la tour-porte, 20m de courtines sont présents et assez bien conservés sur une hauteur de 2m. De l'autre côté un témoin permet d'évaluer la hauteur des murailles avec la trace du chemin de ronde à 6m du sol actuel soit une hauteur de 8m avec les 2 m de couronnement disparus. A l'ouest de rares vestiges sur une hauteur de 1m à 1,50m disparaissant dans les talus herbeux . Au sud la fortification n'apparaît qu'en 3 points: aux angles sur une hauteur de 2,50 à l'emplacement de la seconde tour-porte disparue. Au niveau de l'immeuble à droite on retrouve le plus beau spécimen de la muraille.

 

A l'est les vestiges sont les plus nombreux, la courtine est pratiquement présente sur toute la longueur et sur une hauteur de 1m à 3m.

 

 

 

Les fossés ( 10m de large ) sont alimentés par le Petit Rhône, ils entouraient la bastide, actuellement ils sont présents sur les faces nord et est de la bastide.

 Barran-03-2010-013.JPG

 

 

La tour-porte est le témoin le plus important et le plus instructif des fortifications, non seulement de Barran, mais des bastides en général. Avec le pont qui la précède, elle est une des rares bastides à pouvoir nous présenter un type de porte ayant conservé tous ses caractères primitifs:Le pont : il est bâti sur une arche unique en arc brisé et bordé par des parapets à 2 niveaux. Les deux parapets précédant l'entrée mesurent 2,50m de haut et présentent en leur milieu une niche ébrasée au fond de laquelle on trouve une archère à double traverse. Ces 2 parapets semblent avoir joué le rôle d'une barbacane destinée à défendre la porte (ouvrage de fortification avancé, percé de meurtrières qui protégeait un passage une porte ou poterne ) . Les 2 parapets de 0,90m de haut, possèdent à leur base un ressaut semblant indiquer qu'un pont en bois ait pu exister . Ce pont devait être mobile pour justifier de l'utilité du fossé, puis il a été remplacé par un pont fixe en bois et enfin par un pont maçonné ( les ponts-levis ne sont pas encore adoptés dans les bastides ).

 

La tour-porte est approximativement carrée et mesure 7,75m sur 7,15m pour une hauteur de 10m depuis le pont jusqu'à la génoise. Son toit est à 4 pentes, la partie supérieure était crénelée ( les créneaux ont été murés ).L'étage de la tour était fortifié et chaque face présente une archère à double traverse.

 

 

 

Les portes : du côté intérieur, une grande entrée en arc brisé de 6,40m de haut, sans fermeture et du côté extérieur, une porte bien plus basse et bien défendue. Celle-ci mesure 4,25m de haut et dans son embrasure, on retrouve une gorge de 0,13m de large correspondant au passage d'une herse en bois qui s' actionnait depuis l'étage. Cette porte était fermée en arrière de la herse, par deux solides vantaux dont il reste dans les murs les gonds supérieurs.

 

En conclusion la valeur militaire est bonne en ce qui concerne les éléments d'arrêt, plus faible pour ce qui est des éléments défensifs . Les murailles sont d'une bonne architecture, fortement parementées et d'une épaisseur convenable ( de 1,35m à 1,5m ), capables d'opposer une résistance efficace. Leur hauteur ( 8m ) constitue également un sérieux obstacle.

 

Les fossés larges ( 10m) et profonds sont une bonne garantie pour tenir l'ennemi à distance et lui interdire l'approche des murailles. Un des éléments de défense que l'on observe rarement, c'est l'avancée de la tour porte sur la courtine. La porte est bien défendue par 4 obstacles successifs : le pont mobile, la barbacane, la herse, et les vantaux de la porte.

 

 Barran139.JPG

 

 

Barran au Moyen-Age

 

 

 

Dès 1303, soit à peine un quart de siècle après la création de la bastide, un réarpentage fut effectué et un document consigne le résultat de ce réarpentage. Ainsi la superficie totale de la ville de Barran est chiffrée à 715 places. Sachant que la place équivaut à 12 perjons sur 4 soit un rectangle de 27m sur 9m = 243 m², on peut estimer la superficie totale à 173745 m² soit 17 hectares. De plus, une longue liste d'habitants fût établie ( sur 16 pages ) avec l'indication très précise de la superficie du lot à bâtir qu'ils détiennent. D'après le patronyme des colons et leur concentration on peut déterminer leur origine. On trouve ainsi des gens d' Ibos de Bizanos de Sirac etc... regroupés dans leur propre quartier ( quadruvia ).

 

Notons qu'à cette époque la confrérie du Saint Esprit occupe 2 places .

 

 

 

En 1332 , la charte des coutumes précisant les droits et devoirs réciproques des 2 coseigneurs et des habitants fut renouvelée par le Comte Jean 1er d'Armagnac et l'archevêque Guillaume de Flavacourt. Il en sera fait de même en 1642 par le Comte Jean IV et l'archevêque François de Savoie.

 

 

 

Il existait de petites communautés juives au début du XIV ème siècle . Un certain Jossonus servait de rabatteur à d'autres juifs Abraham et Samue venant prêter de l'argent aux habitants de la bastide. En 1306 Philippe le Bel interdisait l'usure et les juifs furent priés de quitter le royaume.

 

 

 

Au début des années 1300 les Barranais vivaient en paix mais des tensions se faisaient jour entre leurs seigneurs dont les domaines sont dans l'indivision et les droits de chacun assez mal définis. Ainsi en 1340 un litige sur les prérogatives supposées de chacun, oppose Bernard VI comte d'Armagnac et de Fezensac à Guillaume de Flavancourt, Archevêque d' Auch. Afin de régler leur différent, en particulier pour trancher le débat sur l'administration de la justice à Barran ainsi que sur la propriété du bois de Labarthe, les protagonistes firent appel à l'arbitrage de deux cardinaux: Pierre Desprès, archevêque d'Aix et Pierre Roger, archevêque de Rouen. Ce dernier sera deux ans plus tard, en 1342, élu pape sous le nom de Clèment VI. Voilà comment un grand pape eut à connaître l'existence de Barran. Ces arbitrages accordèrent à l'Archevêque une large part de ses prétentions et amenèrent une transaction qui fut approuvée par le pape Benoît XII . De cet accord de 1340 découla vraisemblablement que la justice de Barran s'exercerait alternativement un an au nom du Roi ( les comtes d'Armagnac ) et un an au nom de l'Archevêque et que l'élection annuelle des consuls était également faite, à tour de rôle, par chacun des 2 co-seigneurs.

 

 

 

Barran au cours du XIVème siècle eut à subir directement ou indirectement les conséquences de la guerre de 100 ans ( 1337-1453 ). Au début d'octobre 1355 le Prince Noir, fils aîné du roi d'Angleterre, quitte Bordeaux avec 60000 hommes pour châtier Jean 1er d'Armagnac fils de Bernard VII actif lieutenant du roi de France. Barran est évitée mais Plaisance est incendiée et détruite, Mirande est respectée en raison de sa forte garnison. Au cours de ces guerres franco-anglaises les puissantes maisons se livrèrent à des luttes fratricides. Le comte d'Astarac, neveu de Gaston Phoebus comte de Foix s'est rallié à celui-ci et la frontière entre les 2 parties adverses touchait directement Barran puisque Mirande, Lamazère, Saint Jean le Comtal, et Pavie dépendaient du comte d'Astarac, tandis que Barran l'Isle et Auch étaient soumises au comte d'Armagnac.

 

 

 

Les comtes d'Armagnac étaient représentés au début du XVème siècle par Bernard VII « l'homme le plus remarquable de sa lignée » . Le connétable d'Armagnac se dévoue à la cause nationale et les chevaliers gascons eurent leur place au combat auprès de Jeanne d'Arc. Son fils et successeur fut le comte Jean IV «qui était bien loin d'avoir sa valeur.» Plus dégénéré encore apparaît le petit fils, Jean V qui va séjourner à Barran dans des circonstances très particulières d'une vie tourmentée.«Chargé dès sa jeunesse de crimes odieux, ambitieux et fourbe toujours prêt à conspirer, le comte Jean V fut bientôt l'homme du monde que haïssait le plus Louis XI ». En 1471 Jean V s'allie au Duc de Guyenne afin de fomenter une conspiration contre Louis XI. Le roi envoie contre lui une armée commandée par son gendre le sire de Beaujeau: Pierre de Bourbon. Jean V prend peur et le sire de Beaujeu lui accorde une capitulation honorable. Les troupes royales reparties Jean V s'installe à Barran qui devint très vite un redoutable centre d'intrigues. Avec son cousin germain Charles d'Albret seigneur de Bazeilles, dit le cadet d'Albret, Jean V prépare un audacieux coup de main sur Lectoure. Dans la nuit du 18 au 19 octobre 1472 Jean V s'empare de Lectoure. Bientôt une troisième armée royale reprend la place et , Jean V est contraint de se rendre.

 

Le 6 mars 1473 il est tué par un archer royal.

 

 

 

Le roi Louis XI confisque les biens de la maison d'Armagnac pour les distribuer à ses fidèles. La moitié de Barran relevant du comte est attribuée en mai 1473 à Thierry de Lénencourt et, en novembre 1474 avec de nombreuses autres seigneuries à Ymbert de Batarnay . A la mort de Louis XI en 1483, son successeur le jeune roi Charles VIII se montra plus clément pour la maison d'Armagnac et, le 21 mai 1484 le comte Charles d'Armagnac ( frère de Jean V ) rentrait triomphalement à Auch. Le 2 novembre 1484, le Sénéchal d'Armagnac François de Cardonne rassembla à Barran une conférence des notables et des communautés des états d'Armagnac . Barran apparaît donc comme une des plus sûres et des plus fidèles places fortes du comté.

 

 

 

Après la mort du comte Charles en 1492 sa succession fût l'objet d'âpres convoitises et de longs procès. Louis XII la fit attribuer au duc d'Alençon et à sa femme Marguerite d'Angoulème ( soeur du futur roi François 1er ). Bientôt le duc d'Alençon mourut et Marguerite d'Angoulème porta les biens de la maison d'Armagnac, avec entr'autres sa part de Barran à son second mari Henri 1er d'Albret roi de Navarre.

 

Cette dame de Barran, notre gracieuse suzeraine,c'était la charmante reine de Navarre « la Marguerite des Marguerites  » dont le charme poétique plane encore sur l'antique château et la vieille garenne de Nérac . La seigneurie laïque de Barran passe ensuite à sa fille l'austère et redoutable Jeanne d'Albret puis au fils de celle-ci Henri II d'Albret.

 

 

 

Mon père, Mr Daniel Dutil, à la recherche de ses ancêtres, a relevé sur un document intitulé «reconnaissances féodales en faveur de leurs deux seigneurs, le comte et l'archevêque» les noms de quelques habitants de Barran au XVème siècle. Parmi ceux-ci figurent notamment: de Bernard de Marcillac, Domenges Dutilh, Domenges Lafargue, Domenge Mollère, Guiraud Mollère, Guillaume Daste, Jeaime Dupont, Bernard Vivent, Bernard Dutilh, Guiraud Dutilh ....

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En octobre 1512 le cardinal de Clermont prend possession du diocèse d'Auch ( il avait été nommé Archevêque d'Auch en 1507 ). A peine arrivé, il dote sa cathédrale, encore inachevée, de ces joyaux inestimables que sont les vitraux d'Arnaud de Moles et des stalles du chœur. En 1519 la peste sévissait dans nos contrées, Auch fut cruellement atteinte . Sans retard l'archevêque transporte, pendant la durée du fléau, une partie de son administration avec sa justice à Barran. Il décida d'y fonder une collégiale comprenant un chapitre de 12 chanoines. En 1526, les chanoines de l'église Métropolitaine Sainte Marie d'Auch abandonnèrent à leurs confrères de Barran le droit de four et divers biens et revenus dans Barran. Ils se réservèrent en échange, si la peste revenait à Auch, le droit de venir se réfugier à Barran et d'y célébrer leurs offices et il leur fut accordé, en outre que lorsqu'un chanoine d'Auch viendrait à Barran la première place lui serait réservée dans le chœur...

 

L'ancienne église de Barran ne pouvait suffire à la dignité des offices de ce nouveau chapitre et c'est sans doute grâce à la générosité du Cardinal de Clermont que fut bâtie une nouvelle église...

 

 

 

Mais la jeune et riche collégiale va attirer la foudre sur la ville de Barran. Sur le Béarn pourtant en majorité catholique la reine Jeanne d' Albret veut imposer la réforme ( protestantisme ). Elle fait de Montgomery ( Gabriel de Lorges, comte de Montgommery ) son lieutenant général pour reconquérir ses états. L'armée protestante pille Tarbes et Vic Bigorre, Marciac est rançonnée, Aire mise à feu et à sang sur son chemin toutes les abbayes et couvents sont abattus. Les protestants sont à Nogaro s'emparent d'Eauze, s'installent à Condom puis reviennent vers notre contrée . Montgoméry est à Ordan il envoie une partie des troupes commandée par Géraud de Lomagne après avoir saccagé le Brouilh, les voici enfin à Barran, nous sommes fin octobre 1569 , un vieux document assure «  qu'ils n'en partirent qu'après huit jours de pillage et ne laissèrent debout que les remparts et une partie de la collégiale » ...

 


...... à suivre..

 

 

 

 

 

 

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