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Le blog de Pierre du Thil

Histoire et patrimoine à travers des lieux et des personnages de la Gascogne gersoise.

LA TOUR DES PENITENTS BLEUS A AUCH ...

Publié le 6 Décembre 2011 par Pierre du Tilh

 

Flânerie dans le vieil AUCH... la tour des Pénitents Bleus....                                                   Photauch-s--insolites-01-2011-005.JPG

 

Malgré sa quadruple appellation, le plus vieil édifice d'Auch, reste encore relativement méconnu. En effet, selon les sources il peut être identifié , sous quatre patronymes différents: soit tour Romaine, ou bien tour de César, ou tour d'Antée ou encore tour des Pénitents Bleus !

Cette tour faisant partie de l'enceinte fortifiée d'Auch est classée aux Monuments Historiques par arrêté du 22 mai 1964. C'est une propriété privée, actuellement aménagée en appartements.

 

Ne rendons pas à César, ce qui ne lui appartient pas !

Comme souvent à Auch, certains édifices portent des noms attribués improprement par exemple : tour d'Armagnac, tour Nostradamus ...tour de César. Pour ce dernier bâtiment cela est certainement dû au fait que ses fondations datent de l'époque gallo-romaine et qu'en conséquence, les historiens du XVIIIe siècle crurent opportun de lui attribuer le nom de « tour de César  ». Il est cependant probable que César n'occupa jamais l'édifice !.

 

AUCH :cité fortifiée au Moyen Age...

Françoise Bagnéris (1) dans son livre « La cathédrale d'Auch et son quartier des chanoines » précise que les tours de défense bien qu'ayant des caractéristiques différentes « ont été attribuées à un même rempart : celui qui entoura et protégea la ville d'Auch avant les invasions barbares du Vème siècle. Comme dans de nombreuses villes gallo-romaines, les. Habitants quittent leur basse ville d' Elimberis située au bord du fleuve, pour se réfugier de l'autre côté du Gers, sur la colline qu'ils fortifient rapidement avec des matériaux de réemploi. » L'auteur poursuit : «  Ainsi l'actuel quartier épiscopal bénéficiait d'une double protection : « le rempart du Vème siècle qui réunissait la porte Escornazère à la tour des Pénitents Bleus et à la porte de Betclar, puis au pied du palais épiscopal ( actuellement Préfecture ) un mur gallo-romain de 2,50m de large qui dût servir au Moyen Age à limiter au Nord le quartier ecclésiastique. »Puis elle poursuit: «Tous les historiens et archéologues s'accordent pour retrouver à l'est l'emplacement d' un mur d'enceinte du Vème siècle qui partirait de la Tour des Pénitents Bleus pour aller rejoindre la porte d'Arton selon un tracé exactement Nord-Sud à peu près parallèle au cours du Gers.»

Ainsi au Moyen Age Auch possédait des moyens défensifs considérables pour cette période , ce que Prosper Lafforgue (2) ne manque pas de souligner : « Cet ensemble de tours, de donjons,et de murailles, faisait de notre cité une placedes plus fortes de cette époque . »

Afin de mieux préciser le tracé de l'enceinte fortifiée qui au Moyen Age comprenait uniquement ce que l'on dénommait « cœur de ville» l'abbé Loubés (3) écrit «  le rempart longeait la rue des Pénitents Bleus jusqu'à la tour circulaire du Bas-Empire,il obliquait vers le nord-ouest jusqu'à la porte Escornarèze , à l'angle de la rue Brune et de la rue Dessoles, coupait la rue Bazeilles, se continuait dans les murs mitoyens qui séparent les maisons ayant leurs façades sur la rue Desolles de celles qui prennent le jour sur la rue Gambetta...descendait du recoin sud-est de la place de l'Hôtel de Ville..jusqu'à la rue Alem Rousseau...se continuait jusqu'au pied de la cour de l'ancien lycée avant d'aller rejoindre la porte d'Arton.. »

Si le rôle défensif des remparts est évident il est fort probable que ces épaisses murailles possédaient une double fonction puisqu'elles devaient aussi servir de « murs de soutènement » afin de maintenir la stabilité des terrasses supérieures.

Un plus tard des « barris » ou quartiers se créèrent en dehors de l'enceinte fortifiée initiale. Chacun de ces barris se dotât de ses propres remparts. Ainsi la tour des Pénitents Bleus devint une sorte de borne géante servant dès lors, à délimiter les « frontières » entre les quartiers de Coeur de ville, de Saint-Pierre et St Orens.

 

L'édifice :

Depuis la rue des Pénitents Bleus la tour se présente de forme circulaire d'un diamètre imposant. La partie basse de l'édifice est constituée d'assises alternées et régulières de moellons en pierre calcaire de petit appareil sur quatre rangées et de briques plates de petites dimensions superposées sur deux rangées. L'utilisation de matériaux de réemploi Tour-des-Penitents-Bleus-004.JPGest remarquable sur la partie supérieure du bâtiment . Si les deux rangées de briques plates sont toujours présentes, il semble bien que la matière de base constituée de moellons réguliers ait fait défaut. L'usage de ce que l'on peut appeler vulgairement dans le jargon des métiers du bâtiment du «  tout venant » est ici flagrant . Bien que l'on distingue toujours des pierres de petit appareil souvent irrégulières, et pas nécessairement parallélépipédiques, on note aussi la présence de fragments de terre cuite ( tuiles et briques) insérés de manière désordonnée dans la maçonnerie . Le contraste est ici saisissant avec la partie inférieure élaborée à partir d’éléments calibrés et patiemment ordonnancés .

Comme le soulignent les historiens pré-cités l'emploi de matériaux de réemploi s'explique par la construction rapide de l'enceinte fortifiée et, par la suite,au Moyen-Age, par la reconstruction et l'extension des fortifications : «  Ces ressources furent bientôt épuisées par ces grands travaux, et la caisse municipale était sans argent...Les Auscitains étaient ruinés d'un côté par les fortifications et par les droits sur le vin, et d'un autre côté par les guerres des comtes de Foix et d'Armagnac. La peste à son tour ravagea le pays et décima la population...(1342)»

Si de nos jours de larges ouvertures sont percées dans la partie la plus haute de l'ouvrage,on peut imaginer qu'au moyen âge cette tour de défense était dotée d'étroites meurtrières , telle que celle qui apparaît, actuellement murée, sur sa partie orientale .

Lorsqu'on se déplace afin de prendre un peu de recul et que l'on observe le bâtiment depuis l'intersection de la rue Baudin et de la rue des Pénitents Bleus on s’aperçoit qu'à l'ouest une autre tour circulaire de petit diamètre vient s'imbriquer dans la tour principale .Il doit s'agir vraisemblablement d'une tour dite « escalière » permettant l'accès aux salles situées dans les différents étages. Tour-des-Penitents-Bleus-008.JPG

La tour des Pénitents Bleus fait partie d'un ensemble immobilier et jouxte une maison du XVIIème actuellement occupée par une association. La partie supérieure de la tour est toujours habitée. Au début du XXème siècle ce lieu était un pensionnat de jeunes filles «  Institution St Orens ». Auparavant, au cours du XVIIIème siècle cette maison aurait appartenu à noble Jean-Bernard de Seissan de Marignan, Lieutenant Général de la Sénéchaussée d'Auch, Subdélégué de l'Intendant d'Etigny (1752-1756 généralité d'Auch et de Pau ),Président du Présidial d'Auch,Juge-Mage d'Armagnac, décédé à Auch le 23 mai 1764 à l'age de 61ans.

Tour-des-Penitents-Bleus-006.JPG

Bibliographie :

 

  1. La Cathédrale d'Auch et son quartier des chanoines  par Françoise Bagnèris (Nouvelles Editions Latines )

  2. Histoire de la ville d'Auch-Tome 1 – Prosper Lafforgue (Edition des Régionalismes)

  3. Abbé Gilbert Loubès dans Histoire d'Auch et du Pays d'Auch de Maurice Bordes ( Editions Horvath )

  4. Photos: P.Dutil
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Monique Leport( née Lagarde) 17/11/2012 15:52


Bravo et merci pour ce travail  de recherches sur Barran. Je suis originaire de Barran et ai pris un trés trés grand  plaisir à vous lire. Je commence une recherche généalogique de mes
ancêtres et pouvoir les resituer dans le contexte m'apporte beaucoup.


Encore un immense merci!


Je ne sais si je vous ai connu. Peut être ai je plutôt connu votre père et vos grands parents.


Bien cordialement


Une barranaise fière de son terroir, Monique

Pierre du Thil 18/11/2012 20:37



Merci pour ce commentaire élogieux. Je crois effectivement que nous nous sommes connus M et Mme Lagarde épiciers au village de Barran avient trois filles (Monique, Madeleine et Annie ? ) Nous
habitions aussi le village, je suis Pierre Dutil , un pseudo était obligatoire pour le blog j'ai un peu modifié mon patronyme. Je m'intéresse, en amateur, à l'histoire locale et depuis cette
année, je préside une association de sauvegarde du patrimoine : "les Amis du Vieil Auch".


Bien cordialement